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Cérémonie et hommage

Quels textes lire à un enterrement : poèmes, lectures et prières libres de droits

Publié le · Sources vérifiées le

Il n’existe pas de texte obligatoire pour un enterrement : le choix appartient à la famille, en accord avec la personne qui conduit la cérémonie. Un bon texte est court, simple à dire à voix haute et proche de ce qu’était la personne ou de ce que vous voulez lui dire. Côté droits, une œuvre devient libre 70 ans après la mort de son auteur ; les poètes du XIXe siècle et la Bible dans la traduction Segond de 1910, présentés plus bas, sont dans ce cas.

Cette page explique comment choisir selon la durée, le ton et les croyances, rappelle la règle du droit d’auteur, puis donne neuf extraits courts dont le texte a été comparé à une édition en ligne (Wikisource) et dont l’adresse est indiquée dans les sources. Elle se termine par des conseils pour lire en public, quand la voix tremble.

À retenir

  • Aucun texte n’est imposé : poème, passage biblique, prose ou lettre, le choix est libre.
  • Une œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de son auteur, plus le reste de l’année du décès (code de la propriété intellectuelle, article L. 123-1).
  • Un texte célèbre n’est pas pour autant libre de droits : vérifiez la date de décès de l’auteur, et pour une traduction ou une édition récente, le statut de celle que vous utilisez.
  • Pour une cérémonie religieuse, les lectures se choisissent avec le prêtre, le pasteur ou l’officiant.
  • Imprimez le texte en gros caractères et lisez-le une fois à voix haute avant la cérémonie.

Comment choisir un texte

Quatre questions suffisent à trier les possibilités.

La durée. Une lecture se place généralement entre d’autres temps (musique, hommage, recueillement) : mieux vaut un texte bref, lu lentement, qu’un long texte écourté au dernier moment. Lisez-le une fois chronomètre en main et demandez à la personne qui anime la cérémonie combien de temps vous avez. Voir le guide sur la cérémonie civile pour la place des lectures dans le déroulé.

Le ton. Certains textes consolent, d’autres expriment la révolte, d’autres encore célèbrent la vie. Choisissez celui qui ressemble à la personne et à l’assemblée. Un poème grave convient à un recueillement ; un texte plus lumineux peut mieux convenir si la famille souhaite une cérémonie apaisée.

Le sens. Lisez le texte en entier avant d’en extraire un passage. Un vers très cité peut appartenir à un poème dont le propos est tout autre, ou parler d’un amour de jeunesse plutôt que du deuil. Si le passage n’a de sens qu’avec le reste, mieux vaut ne pas le couper ou en expliquer le contexte en une phrase.

Les croyances. Un texte qui évoque Dieu, l’au-delà ou au contraire le néant peut heurter une partie de l’assemblée. Dans une cérémonie religieuse, les lectures sont choisies avec le célébrant : voir les guides sur les obsèques catholiques et protestantes. Dans une cérémonie laïque, tout est ouvert, avec l’accord de la personne qui pourvoit aux funérailles.

Qui lit ?

Un proche à l’aise à l’oral, un ami ou un enfant accompagné d’un adulte, ou le maître de cérémonie si personne ne souhaite le faire. Désigner un lecteur de remplacement évite l’embarras si l’émotion est trop forte.

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Ce que dit le droit d’auteur

Le code de la propriété intellectuelle prévoit, à l’article L. 123-1, que l’auteur jouit de son vivant du droit exclusif d’exploiter son œuvre, et qu’à son décès ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l’année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent [1]. Après ce délai, l’œuvre est dans le domaine public : on peut la lire, la copier, l’imprimer dans un livret.

Trois précautions restent utiles.

  • La célébrité ne dit rien du statut. Un auteur contemporain, ou mort depuis moins de 70 ans, reste protégé. Pour un auteur du XXe siècle, vérifiez la date de décès et renseignez-vous auprès de l’éditeur : des règles particulières peuvent s’appliquer et cette page ne les détaille pas.
  • Une traduction a son propre auteur. Un texte ancien peut être libre, alors que sa traduction ou son édition récente ne l’est pas. Les extraits bibliques ci-dessous viennent de la traduction de Louis Segond (édition de 1910).
  • Lire n’est pas imprimer. Le guide sur le texte d’hommage rappelle que les droits se vérifient surtout pour les reproductions imprimées ; le livret de cérémonie en reprend les points de vigilance.

Les extraits ci-dessous sont tous d’auteurs morts au XIXe siècle. Chacun renvoie à une page de Wikisource, une bibliothèque en ligne de textes du domaine public ; ils sont donnés tels qu’ils y figurent, avec une typographie simplifiée (apostrophes droites). Comparez toujours avec l’édition que vous aurez sous les yeux, car l’orthographe varie d’un éditeur à l’autre.

Poèmes du domaine public

Chaque extrait est court (quatre à huit vers) pour tenir en quelques dizaines de secondes. Les poèmes complets sont accessibles par l’adresse indiquée dans les sources.

Victor Hugo, « Demain, dès l’aube… »

Poème des Contemplations, daté du 3 septembre 1847 sur Wikisource. Le narrateur marche vers une tombe. Les quatre derniers vers conviennent à un temps de recueillement ou à une lecture devant le cimetière [2].

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Alfred de Musset, « Lucie »

Élégie des Poésies nouvelles. La première strophe, reprise à la fin du poème, est souvent lue seule. Elle parle de la tombe, de l’arbre qu’on y plante, de la douceur d’un lieu de repos [3].

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J’aime son feuillage éploré ;
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.

Attention : le texte est écrit à la première personne, au nom de celui qui va mourir. Il convient surtout si la personne aimait ce poème, ou pour une lecture où la famille « prête » ces mots au défunt, ce qu’il est bon de dire avant de lire.

Alfred de Vigny, « La Mort du loup »

Dernières lignes du poème, qui rapportent ce que dit le dernier regard d’un loup mourant. Le ton est stoïque, sans consolation religieuse [4].

Gémir, pleurer, prier, est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Ce passage pourrait choquer un proche croyant (« prier est lâche ») ou un proche en pleine douleur (« gémir, pleurer »). Réservez-le à une assemblée que vous savez réceptive, ou renoncez-y.

Paul Verlaine, « Le ciel est, par-dessus le toit »

Poème de Sagesse (édition de 1902 sur Wikisource). Les huit premiers vers décrivent un moment calme, une cloche, un oiseau : une lecture simple, adaptée à un moment de silence [5].

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit
Berce sa palme.
La cloche dans le ciel qu’on voit
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

La suite du poème (non reprise ici) change de ton et s’adresse à quelqu’un qui pleure sa jeunesse perdue : lisez-la avant de décider de la couper.

Charles Baudelaire, « Recueillement »

Les six derniers vers du sonnet, dans la version publiée dans Le Parnasse contemporain (1866). Le poète s’adresse à sa propre douleur ; c’est un texte de la tombée du jour [6].

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Ce passage est imagé et demande à être lu lentement. Il est mieux compris si l’on dit auparavant que le poète parle à sa douleur (« Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille », premier vers du poème).

Passages bibliques, traduction Segond de 1910

Les textes bibliques sont souvent choisis même par des personnes peu pratiquantes. Les extraits ci-dessous sont tirés de la traduction de Louis Segond (édition de 1910), disponible sur Wikisource. Dans une cérémonie catholique, la paroisse propose les lectures de la liturgie ; dans un culte protestant, le pasteur indique celles qu’il retient. Parlez-en avec eux avant d’imprimer quoi que ce soit.

Ecclésiaste, chapitre 3 (versets 1, 2 et 4)

Un texte sur le cours du temps, qui nomme la mort comme une étape de la vie sans en faire un drame [7].

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :
un temps pour naître,
et un temps pour mourir ;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher ce qui a été planté ;
un temps pour pleurer,
et un temps pour rire ;
un temps pour se lamenter,
et un temps pour danser ;

Psaume 23 (versets 1 à 4)

Le psaume du berger, l’un des plus lus en cérémonie. Il évoque la confiance dans la traversée d’une épreuve [8].

L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages,
il me dirige près des eaux paisibles.
Il restaure mon âme,
il me conduit dans les sentiers de la justice,
à cause de son nom.
Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort,
je ne crains aucun mal, car tu es avec moi :
ta houlette et ton bâton me rassurent.

Évangile selon Jean, chapitre 11 (versets 25 et 26)

Parole attribuée à Jésus lors de la mort de Lazare, très présente dans les obsèques chrétiennes. À réserver à une assemblée croyante [9].

Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.

Évangile selon Matthieu, chapitre 5 (verset 4)

Une seule phrase, extraite des Béatitudes, qui parle des personnes en deuil [10].

Heureux les affligés, car ils seront consolés !

Quel texte pour quelle situation ?

Ce tableau résume ce que chaque extrait apporte. Il n’impose rien : c’est un point de départ pour la discussion en famille.

Extrait Ton Longueur Situation qui convient À éviter si
Hugo, « Demain, dès l’aube… » (4 vers) Recueillement, fidélité Très court Cimetière, hommage à un proche très aimé Personne ne se reconnaît dans l’image de la tombe
Musset, « Lucie » (6 vers) Doux, tourné vers l’arbre et la terre Court Dernière volonté ou goût du défunt pour ce poème Les mots à la première personne gênent
Vigny, « La Mort du loup » (4 vers) Stoïque, dur Très court Assemblée laïque, personne qui aimait ce texte Proches croyants ou en grande douleur
Verlaine, « Le ciel est… » (8 vers) Calme, simple Court Moment de silence, cérémonie sobre On ne veut pas évoquer la suite du poème
Baudelaire, « Recueillement » (6 vers) Mélancolique, imagé Court Lecture lente en fin de journée Public peu habitué à la poésie
Ecclésiaste 3 Philosophique, apaisé Court Cérémonie laïque ou religieuse Personne ne souhaite de référence biblique
Psaume 23 Confiant Court Cérémonie religieuse ou familiale Famille non croyante, sauf accord explicite
Jean 11, 25-26 Espérance chrétienne Très court Cérémonie chrétienne Cérémonie laïque
Matthieu 5, 4 Consolation Une phrase Début ou fin d’un hommage Famille non croyante

Lire à voix haute, étape par étape

Lire en public, dans un moment d’émotion, demande de la préparation. Quelques gestes simplifient beaucoup.

  1. Imprimer le texte en gros caractères (14 points ou plus), avec une interligne large, sur une feuille que vous ne perdrez pas de vue. Prévoyez une copie pour la personne qui anime.
  2. Lire le texte en entier une première fois seul, pour en comprendre le sens et repérer les mots difficiles.
  3. Marquer les pauses au crayon : un trait après chaque vers ou chaque phrase, un double trait pour une respiration plus longue.
  4. Répéter à voix haute, de préférence devant une personne de confiance, en visant un rythme plus lent que dans la conversation.
  5. Respirer avant de commencer, regarder l’assemblée une seconde, puis annoncer le titre et l’auteur d’une phrase simple.
  6. Continuer si la voix se brise : une pause, une gorgée d’eau, puis reprendre au dernier trait. Personne n’attend une lecture parfaite.
  7. Prévoir un remplaçant qui a le texte en main et qui peut terminer la lecture si besoin.

Pour un poème, ne marquez pas la rime et ne chantez pas les vers : lisez-les comme une phrase, en respectant la ponctuation. Pour une lecture biblique, ne cherchez pas à « jouer » le texte.

Dans le livret

Si vous imprimez le texte dans un livret, indiquez le titre, le nom de l’auteur et, pour un texte biblique, la traduction. Les textes ci-dessus peuvent être reproduits à ce titre puisque leurs auteurs sont morts depuis plus de 70 ans ; pour tout autre texte, suivez la règle de la section sur le droit d’auteur. Le guide du livret propose une trame page par page.

Questions fréquentes

Peut-on lire un texte écrit par la famille plutôt qu’un poème ?

Oui. Un texte personnel est libre de droits (vous en êtes l’auteur) et souvent le plus touchant. Le guide sur le texte d’hommage propose une structure et des exemples.

Les poèmes de Victor Hugo sont-ils libres de droits ?

Ceux qui sont présentés ici le sont : l’auteur est mort au XIXe siècle, bien au-delà du délai de 70 ans fixé par l’article L. 123-1 [1]. Vérifiez toutefois l’édition que vous utilisez si vous reproduisez un texte avec une introduction ou des notes récentes : ces ajouts ont leurs propres auteurs.

Faut-il l’accord du prêtre ou du pasteur pour une lecture ?

Dans une cérémonie religieuse, la famille choisit les lectures avec le célébrant ou l’équipe de la paroisse. Il vaut mieux lui soumettre le texte, surtout si ce n’est pas un texte biblique.

Peut-on lire un texte qui parle de Dieu dans une cérémonie laïque ?

Rien ne l’interdit. Il convient en revanche de tenir compte des convictions du défunt et de l’assemblée, et d’en parler avec la personne qui anime la cérémonie.

Peut-on citer un auteur sans reproduire son texte ?

Oui. Vous pouvez donner le titre et le nom de l’auteur dans le livret et lire le texte à voix haute. C’est aussi une solution simple si vous hésitez sur le statut d’une œuvre.

Que faire ensuite ?

Sources

  1. Légifrance — Code de la propriété intellectuelle, article L. 123-1 (durée du droit d’exploitation, en vigueur depuis le 1er juillet 1995) — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006278936 — consulté le 24/10/2026.
  2. Wikisource — Victor Hugo, Les Contemplations, « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » (Nelson, 1911) — https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Demain,_d%C3%A8s_l%E2%80%99aube,_%C3%A0_l%E2%80%99heure_o%C3%B9_blanchit_la_campagne_%C2%BB — consulté le 24/10/2026.
  3. Wikisource — Alfred de Musset, Poésies nouvelles (1836-1852), « Lucie » — https://fr.wikisource.org/wiki/Po%C3%A9sies_nouvelles_(1836-1852)/Lucie — consulté le 24/10/2026.
  4. Wikisource — Alfred de Vigny, Les Destinées, « La Mort du loup » — https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Destin%C3%A9es_(recueil)/La_Mort_du_loup — consulté le 24/10/2026.
  5. Wikisource — Paul Verlaine, Sagesse (1902), « Le ciel est, par-dessus le toit » — https://fr.wikisource.org/wiki/Sagesse_(1902)/%C2%AB_Le_ciel_est,_par-dessus_le_toit_%C2%BB — consulté le 24/10/2026.
  6. Wikisource — Charles Baudelaire, « Recueillement » (Le Parnasse contemporain, 1866) — https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Parnasse_contemporain/1866/Recueillement — consulté le 24/10/2026.
  7. Wikisource — La Sainte Bible, traduction Louis Segond, 1910 : Ecclésiaste — https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/Eccl%C3%A9siaste — consulté le 24/10/2026.
  8. Wikisource — La Sainte Bible, traduction Louis Segond, 1910 : Livre des Psaumes — https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/Livre_des_Psaumes — consulté le 24/10/2026.
  9. Wikisource — La Sainte Bible, traduction Louis Segond, 1910 : Évangile selon Jean — https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/%C3%89vangile_selon_Jean — consulté le 24/10/2026.
  10. Wikisource — La Sainte Bible, traduction Louis Segond, 1910 : Évangile selon Matthieu — https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Segond_1910/%C3%89vangile_selon_Matthieu — consulté le 24/10/2026.